Fréquence cardiaque : nos cœurs battent à l’unisson à l’écoute d’une même histoire

Moment privilégié des enfants, la petite histoire avant le coucher est un rituel que certains d’entre eux ne rateraient pour rien au monde, et pour cause : en plus de stimuler leur imaginaire, elle leur permettrait de synchroniser… leur fréquence cardiaque à celle de leurs parents ! C’est du moins ce que l’on pourrait conclure d’une récente étude scientifique parue à la mi-septembre dans la revue spécialisé en santé et en biologie Cell Reports.

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Quatre expériences pour une même conclusion

Nous l’avons tous vécu : en tant que jeune auditeur ou parent dévoué, le moment de la « petite histoire » est toujours un instant de complicité. Apprentissage et partage sont les maîtres-mots de cette activité durant laquelle les cœurs s’unissent dès lors que l’histoire débute.

Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs ont mené quatre expériences afin de déterminer le rôle que jouait la conscience et l’attention dans le cadre de ce fascinant phénomène.

Durant la première, l’équipe du professeur Lucas Parra, co-auteur de l’étude, a mesuré avec un électrocardiogramme la fréquence cardiaque de plusieurs volontaires en bonne santé, à l’écoute du célébrissime Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Un premier fait intéressant a été constaté : le rythme cardiaque de chacun d’entre eux a connu des variations très similaires.

Dans la deuxième expérience, les chercheurs ont diffusé de brèves vidéos pédagogiques pour en venir à la conclusion que l’attention que l’on porte à un élément lors d’une expérience, en l’occurrence un contenu visuel, avait une réelle influence sur la synchronisation du rythme cardiaque.

La troisième expérience pendant laquelle des volontaires ont écouté des contes pour enfants est tout aussi intéressante : elle a montré que les fluctuations de la fréquence cardiaque des participants étaient prédictives de leur capacité à répondre correctement aux questions qu’on allait leur poser au sujet de l’histoire qu’ils venaient d’écouter. 

La quatrième et dernière expérience, très similaire à la première, mêlait un groupe de personnes sans trouble particulier et un autre comprenant des patients atteints de troubles de la conscience ou dans le coma. Les participants du deuxième groupe ont présenté des taux de synchronisation cardiaque inférieurs à ceux de personnes sans problème particulier à l’écoute du même récit.

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Rester attentif « aux actions de l’histoire » pour synchroniser sa fréquence cardiaque

Alors, que peut-on conclure de ces résultats ? Sans doute qu’il existe un lien certain dans la manière avec laquelle le cerveau agit sur le corps, notamment lorsque l’attention d’un individu est pleinement mobilisée. Toutefois, Jacobo Sitt, chercheur à l’Institut du cerveau de Paris et co-auteur de l’étude met en exergue les limites de ces résultats, faute de patients plus nombreux : 

Cette étude est encore très préliminaire, mais vous pouvez imaginer qu’il s’agit d’un test facile qui pourrait être mis en œuvre pour mesurer les fonctions cérébrales. Cela ne nécessite pas beaucoup d’équipement, et pourrait même être effectué dans une ambulance sur le chemin de l’hôpital.

Mais pour Lucas Parra, ces travaux sont déjà concluants : 

Il existe de nombreux ouvrages suggérant que notre physiologie peut se synchroniser. Mais le postulat est que, d’une manière ou d’une autre, vous interagissez et êtes physiquement présents au même endroit. Nous avons découvert que le phénomène allait beaucoup plus loin et que le simple fait d’écouter attentivement une histoire entraînait des fluctuations similaires de la fréquence cardiaque des sujets. Ce qui démontre que cette dernière est dictée par la fonction cognitive.

Alors faut-il vraiment prendre pour argent comptant la théorie selon laquelle les ressentis et autres traits physiologiques se synchronisent lorsque deux personnes vivent une même expérience ?

Jacobo Sitt nous livre un élément de réponse : « Ce qui est important, c’est que l’auditeur soit attentif aux actions de l’histoire ». « Il ne s’agit pas d’émotions, mais d’être engagé et attentif, et de penser à ce qui va se passer ensuite. Votre cœur réagit à ces signaux du cerveau », conclut-il.