Le point sur la flambée des prix du marché de l’énergie


Les prix n’ont pas cessé d’augmenter, chaque mois les Français ont vu leur facture de gaz puis d’électricité s’alourdir encore et encore (+12,6% pour le gaz en octobre). À tel point que Jean Castex a annoncé un gel des tarifs jusque fin 2022 et que certains fournisseurs d’énergie refusent de nouveaux clients, ou pire, mettent la clef sous la porte. Comment l’expliquer ? LeLynx.fr mène l’enquête.

Rappel sur la fixation des prix : le Tarif Réglementé de Vente à la loupe

Il est au milieu de toutes les discussions : le Tarif Réglementé de Vente (TRV) de l’électricité ou du gaz ! Mais savez-vous au juste ce que c’est ?

Il s’agit du tarif réglementé de vente de l’électricité, soit l’offre historique d’EDF, autrefois la seule proposée sur le territoire, aujourd’hui connue sous le nom de Tarif Bleu. Par effet de miroir, il s’agit aussi du tarif historique d’Engie pour le gaz (TRV du gaz) ! Son prix est déterminé par l’État, notamment par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie), ou du moins une partie. Car le TRV a deux composantes :

  • Le prix de l’abonnement : il constitue la part fixe de votre facture d’électricité ;
  • Le prix de la consommation des kWh : il constitue la part variable de votre facture. Cette part se calcule ainsi : prix du kWh d’électricité x quantité de kWh consommée.

La partie variable, qui englobe également toutes les taxes comme le coût d’acheminement ou la TVA, est donc celle qui vient troubler le budget des foyers aujourd’hui car c’est bien le prix du kWh qui est soumis à d’incroyables hausses sur le marché de l’énergie.

facture énergie

Pourquoi tant de hausses ?

La dépendance de la France vis-à-vis des autres marchés internationaux

Le gaz est majoritairement importé sur notre territoire : à hauteur de 99% ! Ce qui rend son coût de transport terriblement élevé mais explique aussi la grande variation possible du prix en fonction des marchés européens et internationaux.

Le prix de l’électricité dépend fortement de la nature même de l’énergie : cette matière première ne peut pas être stockée à proprement parler. Pour que le réseau électrique fonctionne correctement et qu’il soit stable, la quantité d’électricité produite doit toujours être égale à la quantité d’électricité consommée.

La reprise économique post-Covid

Après une crise sanitaire sans précédent, qui a mis à mal toute l’économie et qui a forcé les postes de production d’énergie à s’arrêter, la reprise ne pouvait être que dense… mais difficile à anticiper ! Que ce soit au niveau économique ou au niveau énergétique, la stimulation de la demande a donc été très forte et l’offre laissait à désirer.

Les entreprises ont repris leur activité, les centrales nucléaires ont redémarré petit à petit mais difficile de planifier les besoins énergétiques à l’avance dans un contexte aussi flou : va-t-il y avoir de nouveaux confinements ? De nouvelles taxes ? Quelles seront les habitudes de consommation des ménages ?

Des conditions météorologiques exceptionnelles

Le début de l’année 2021 a été marqué par un reconfinement des ménages en France associé à un hiver très rude : d’où le besoin de bénéficier du chauffage sur de longues durées. Ces conditions sociales et climatiques particulières ont largement contribué à une forte demande en énergie.

Le coût important de la production

Il faut savoir que les marchés européens essaient petit à petit d’assurer leur transition écologique en ayant recours à des énergies non fossiles. Néanmoins, lorsqu’un moyen de production ne suffit pas à alimenter la demande, il est remplacé par un second moyen. C’est ce qui explique que, malgré la volonté de certains pays (pourtant considérés comme « grands exportateurs d’énergie ») de favoriser les énergies renouvelables, cela ne s’est pas fait dernièrement.

L’Écosse, avec ses parcs éoliens, en est un bon exemple. Elle a été victime de vents très faibles en cette année 2021 et a dû faire fonctionner davantage de centrales à combustion d’énergie fossile (charbon, pétrole ou gaz naturel). Les coûts de production d’électricité ou de gaz sont donc très élevés et se répercutent directement sur la facture d’électricité ou de gaz.

Et le rôle du gaz dans tout cela ?

Les prix de l’électricité sont indexés sur les prix du gaz, c’est-à-dire que la hausse d’une énergie va de pair avec l’autre. Les prix du gaz ont augmenté de 59% depuis le 1er janvier 2021 ! Ce qui correspond à une hausse de 393% sur le TTF (Title Transfer Facility), le prix de référence du gaz sur le marché européen.

En bref :

  • 99% du gaz en France est importé et la valeur de la matière première a augmenté ;
  • Les températures basses du début de l’année ont provoqué un vide dans les stocks à l’échelle mondiale, stocks non renfloués cet été par manque de vision à long terme : très peu d’acheminements avaient été mis en place. Par exemple, seulement 13 navires comportant du gaz avaient accosté en France en juillet 2020, contre 22 en juillet 2021 ;
  •  Les approvisionnements en gaz, qu’ils viennent de Russie ou de Norvège, se sont révélés bien plus faibles qu’à l’ordinaire.
Facture Electricite

Que doit-on retenir du gel des prix du gaz ?

Les ménages qui ont souscrit une offre de gaz à prix de marché indexée sur le tarif réglementé de vente sont extrêmement touchés par ces bonds tarifaires ! En effet, les offres à prix indexé évoluent parallèlement au TRV : plus celui-ci augmente, plus leur facture s’en ressent ! Le gel du TRV, annoncé par Jean Castex dernièrement, se révèle être une bonne nouvelle pour eux à court terme mais ils devraient faire face à une hausse drastique des prix une fois le gel levé.

Concernant les offres à tarifs fixes souscrites avant le gel des tarifs, les fournisseurs d’énergie doivent continuer de fournir le gaz au même prix à leurs clients, mais ils doivent dépenser bien plus pour obtenir cette matière première sur le marché mondial ! Un gouffre financier pour eux et une première piste pour comprendre le piège qui se referme sur les fournisseurs alternatifs…  

Les fournisseurs d’énergie alternatifs pris au piège

Maintenant que nous avons vu en quoi le TRV était chamboulé, voyons pourquoi le modèle de certains fournisseurs d’énergie s’effondre !

Toute la force des fournisseurs d’énergie alternatifs reposait sur le fait qu’ils proposaient des offres à prix de marché, qu’ils fixaient librement en se basant sur le prix du kWh et ce, sur toute la durée d’un contrat d’électricité avec un client.

Or, certains fournisseurs n’ont pas acheté suffisamment d’électricité et de gaz à l’avance. Cependant, ils avaient tout de même proposé des contrats à prix de marché fixes à leur clientèle. Ils s’engageaient à lui offrir les mêmes prix quoi qu’il leur en coûte, autrement dit. Aujourd’hui, ils doivent acheter parfois jusqu’à 40% des volumes promis à des tarifs qui sont ceux du marché : des tarifs excessivement chers. C’est la raison pour laquelle Leclerc a arrêté son activité énergétique et également celle qui pousse des fournisseurs à refuser de nouveaux clients.