6 idées reçues sur l’énergie nucléaire


Sujet épineux des débats autour de la transition énergétique, le nucléaire suscite de nombreux fantasmes, aussi bien chez les « pro » que chez les « anti ». Pour vous aider à y voir plus clair, voici décortiquées cinq idées répandues et pourtant erronées à son propos.

Idée reçue 1 : le nucléaire est une énergie fossile qui pollue

Principal contre-sens quand on parle de nucléaire, le fait de qualifier cette énergie comme fossile. En effet, cet adjectif implique une énergie chimique, produite à partir de combustibles riches en carbone, tels que le charbon ou le pétrole. Ces énergies carbonées émettent beaucoup de gaz à effet de serre (CO2 principalement) et participent ainsi au réchauffement climatique.

Le nucléaire, à l’inverse, est une énergie décarbonée et n’émet pas de CO2, puisqu’elle repose sur la fission et utilise l’uranium comme combustible. A ce titre, le Joint Research Center a rendu le 26 mars 2021 un rapport de 387 pages à la Commission européenne qui conclut que l’on peut qualifier le nucléaire comme une « énergie verte ». Attention tout de même, le nucléaire n’en est pas pour autant « renouvelable », puisque son combustible, l’uranium, est une ressource limitée.

Le saviez-vous ? Les photos utilisées pour représenter le nucléaire montrent des tours de refroidissement. Il ne s’agit donc pas de réacteurs en train d’émettre du CO2 ou des nuages radioactifs, mais simplement de la vapeur d’eau.

Idée reçue 2 : les déchets enfouis ne présentent aucun danger

Les militants écologistes ciblent souvent les déchets nucléaires, et à juste titre. Ceux-ci sont en effet actifs pendant des centaines de milliers d’années. La dangerosité pour l’Homme, elle, se concentre dans les mille premières années d’enfouissement. Il est donc nécessaire d’avoir des infrastructures extrêmement bien rôdées sur un millénaire, ce qui laisse une très lourde charge (et un risque non maîtrisable) pour les générations futures.

Ces déchets sont donc potentiellement dangereux pour la planète et l’Homme. Leur quantité, par contre, est extrêmement infime, si l’on se base sur les chiffres de l’ADEME. Le secteur nucléaire est même l’activité qui produit le moins de déchets par habitant : environ 1kg/habitant chaque année, comparée aux déchets industriels spéciaux (300kg/habitant), qui sont pourtant chimiques et ont des effets délétères sur l’environnement.

energie fossile

Idée reçue 3 : le nucléaire a provoqué des morts et des cancers à Fukushima

La catastrophe de Fukushima, due à un tsunami d’immense ampleur, a mis en lumière les risques du nucléaire. Après l’accident, un institut de l’ONU, l’UNSCEAR (équivalent du GIEC pour les conséquences de la radiation atomique) a établi son bilan humain. Si l’on compte 20 000 victimes du tsunami, il n’y a eu en revanche aucun mort dû au nucléaire. Ni même un seul cancer diagnostiqué qui pourrait y être lié.

La centrale japonaise a pourtant montré des défaillances, qui ne pourraient pas arriver en France grâce à un dispositif de protection plus avancé. Attention, zéro mort à Fukushima ne veut pas dire que la radioactivité n’a pas de dangerosité avérée. L’UNSCEAR a par exemple montré que Tchernobyl, en 1986, a causé plusieurs morts et avait surtout provoqué 6 000 cancers de la thyroïde chez les populations les plus jeunes.

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Idée reçue 4 : le nucléaire garantit une indépendance énergétique à la France

C’est techniquement faux. Pour produire de l’énergie nucléaire, il faut de l’uranium. Or, il n’existe absolument aucune mine en France, ce qui oblige l’Etat à importer chaque année ce combustible de pays comme le Kazakhstan et le Niger, où la diplomatie française est de fait très active.

De plus, si le nucléaire représente 70% de l’électricité consommée en France, il ne pèse que 18% du total de l’énergie consommée, comme le rappelle France Nature Environnement. Le pays reste fortement dépendant du charbon, du pétrole et du gaz, des énergies fossiles importées presqu’à 100%.

Idée reçue 5 : l’énergie nucléaire coûte cher

Bonne nouvelle pour le porte-monnaie des Français : grâce à l’indépendance énergétique, la France peut se targuer d’avoir les meilleurs prix de l’électricité au détail, après les Pays-Bas. Cela est permis grâce au mix électrique composé à 70% de nucléaire. Si l’on étudie le cas d’un voisin, l’Allemagne, on remarque que le passage de 30% à 14% de nucléaire dans son mix a entraîné une augmentation des factures énergétiques de 74%.

Idée reçue 6 : nucléaire et renouvelables sont incompatibles

Dans les débats sur la transition énergétique, de grandes figures politiques ou d’experts luttent pour ou contre le nucléaire et les énergies renouvelables. Les deux sont pourtant loin d’être incompatibles. EDF, qui possède et exploite 58 réacteurs nucléaires, est également leader national en termes d’installations et d’innovations dans les nouvelles énergies vertes.

Le nucléaire, tout comme l’hydraulique, est indispensable pour permettre le développement progressif des énergies renouvelables qui présentent des faiblesses : impossibilité de pilotage, coût à l’investissement, puissance… La France investit actuellement 4 milliards d’euros par an pour le grand carénage (entretien des centrales nucléaires) et 15 milliards d’euros pour les énergies vertes.

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Le véritable enjeu est donc de réduire la part des énergies dites fossiles. En effet, si leur part dans la production d’électricité est minime, elle continue de peser lourd dans la consommation d’énergie globale des Français (près de 67% : charbon, pétrole, gaz).

L’énergie la plus verte, c’est l’énergie qu’on ne consomme pas ! Pensez à optimiser votre consommation : les fournisseurs donnent souvent accès à des services de suivi ou d’économies d’énergie.
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