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Entretien

Les voitures électriques ont le vent en poupe, les bornes de recharge aussi

A l’horizon 2022, le gouvernement s’est fixé pour objectif d’atteindre les 600 000 véhicules électriques sur les routes. Un essor qui doit logiquement aller de pair avec l’installation de bornes de recharge partout sur le territoire. Nous en avons discuté avec Alexandre Borgoltz, directeur général de DBT, une entreprise leader sur ce secteur.

recharge electrique

DBT en quelques mots
Si vous possédez une voiture électrique, DBT vous dit sûrement quelque chose. Ce groupe industriel fondé en 1990 est entre autres spécialisé dans la production et la vente de systèmes de recharge pour véhicules électriques. L’entreprise commercialise des bornes de recharges normales (3 à 8h), accélérées (1 à 3h), rapides (30 min) et ultra rapides (20 min) à destination de la voierie publique, mais aussi du secteur tertiaire (entreprises, parkings…). Elle compte aujourd’hui plus de 2 500 chargeurs rapides installés dans 37 pays. DBT est dirigé depuis juillet 2020 par Alexandre Borgotlz, notre invité.

La voiture électrique se porte bien ces derniers temps et les ventes ont décollé depuis le déconfinement. Comment l’expliquez-vous ?

Effectivement, le marché se porte bien et cela s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, depuis plus de 5 ans, le gouvernement et les entreprises du secteur ont mis beaucoup de choses en œuvre pour installer l’écosystème nécessaire au développement des voitures électriques. D’autre part, les véhicules électriques d’aujourd’hui sont de plus en plus performants en termes d’autonomie. Il y a 10 ans encore, les voitures avaient une autonomie de 80 km environ, alors qu’aujourd’hui, des modèles grand public atteignent les 350-400 km. On arrive à des voitures qui ont une autonomie comparable à celle des voitures thermiques, ce qui est un stress en moins pour les automobilistes.

Et dernièrement, la mise en place par le gouvernement d’un bonus et d’une prime à la conversion avec des conditions particulièrement intéressantes pour les voitures électriques a été un coup d’accélérateur. Ces aides permettent vraiment aux automobilistes d’acheter à moindre frais.

L’essor des voitures électriques va de pair avec le développement du réseau de bornes de recharge, l’une de vos spécialités. Constatez-vous la même dynamique pour ces équipements ?

Oui complètement. Chez DBT, une de nos activités majeures consiste à vendre des bornes de recharge à des opérateurs. Ces dernières années déjà, à la suite des efforts déployés par le gouvernement, nos volumes de vente ont augmenté. Mais cela devrait continuer de manière encore plus marquée avec le plan du gouvernement, qui s’est fixé pour objectif d’atteindre les 100 000 bornes disponibles sur le territoire français d’ici 2022. Nous sommes très bien positionnés pour répondre sur ces marchés et avons d’ailleurs été contactés par le gouvernement pour connaître nos capacités de développement et d’innovation.

Outre les aides à l’achat d’une voiture électrique, existe-t-il des aides spécifiques à l’achat ou l’installation de bornes de recharge ?

Il existe en effet des aides spécifiques, notamment via le programme Advenir, qui est piloté par l’Ademe*. Avec ce programme, l’Etat prend en charge une partie du montant lié à l’achat et à l’installation d’une borne de recharge. Le taux de prise en charge varie selon les bénéficiaires (entreprises, voierie, habitats résidentiels collectifs), mais peut aller jusqu’à 50% du coût total.

Malgré un bel essor, la part des voitures électriques dans le parc automobile demeure réduite. Le prix est-il est le facteur principal ?

Le prix est effectivement un frein pour les consommateurs. Même si l’Etat a lancé des aides importantes, les voitures électriques représentent un investissement, surtout à une période où de nombreuses personnes font attention à leur budget. La disponibilité et la fiabilité du réseau de bornes de recharge est une autre question importante. Chez DBT, nous avons un rôle à jouer sur ce point. Nous devons être capables de fournir toujours plus d’installations aux automobilistes et d’assurer leur stabilité. Les conducteurs doivent pouvoir circuler sereinement avec leur voiture électrique si l’on veut que le marché décolle.

" Les conducteurs doivent pouvoir circuler sereinement avec leur voiture électrique si l’on veut que le marché décolle. "

Où en est-on de l’installation de bornes de recharge sur le territoire français ?

On distingue en fait plusieurs types de bornes. La grande majorité (90%) sont des bornes privées, qui appartiennent à des entreprises ou des particuliers et sont utilisées pour recharger les véhicules soit la nuit soit sur le temps de travail, à des moments où l’on n’a pas besoin de sa voiture. Mais parce qu’il s’agit justement de bornes privées, il est plus compliqué de les recenser. Difficile donc d’avoir des chiffres précis sur ce segment.

Chez DBT, nous travaillons spécifiquement sur les bornes publiques, qui représentent 10% du parc global. Concernant les bornes rapides, on en compte environ 2 000-2 500 en France, et DBT en a fourni un tiers.

La grande majorité des propriétaires de voitures électriques les rechargent à domicile. Les bornes publiques souffrent-elles d’un manque de visibilité ?

Ce n’est pas l’explication principale.

Recharger à domicile est long, mais moins cher. Que ce soit via une borne privée ou via une charge dans un lieu public, une recharge coûte entre 5 et 8€ environ – soit 5 fois moins que pour une voiture thermique. Mais avec une borne publique, il faut ajouter le coût de la prestation, puisque l’opérateur ne vous facture pas seulement l’énergie, mais aussi le service. Et si on utilisait beaucoup plus le réseau de charge rapide, le risque serait aussi de stresser le réseau électrique.

" Une recharge coûte entre 5 et 8€ environ, soit 5 fois moins que pour une voiture thermique. "

Vous venez tout juste de prendre la direction de DBT. Quels sont vos ambitions pour les mois et années à venir ?

Notre branche spécialisée dans les bornes de recharge électrique va rester au cœur de notre activité. Jusque-là, nous avons principalement commercialisé des produits destinés à l’usage public : à la voierie, aux stations-service par exemple. Désormais, nous souhaitons élargir ce spectre et s’attaquer aussi aux marchés des flottes automobiles, des entreprises ou des parkings. Le marché évolue et nous avons aussi la capacité pour installer et maintenir des équipements pour ce type de publics.

Le secteur automobile a été durement touché durant le confinement. Qu’en a-t-il été pour votre entreprise ?

Notre chance a été de signer une levée de fonds de 10,25€ millions d’euros juste avant la crise sanitaire. Sans cela, il est certain que la situation aurait pu être très compliquée. Nous avons tout de même dû fermer des lignes de production en mars, et pour une entreprise, une production réduite à zéro, c’est toujours mauvais. Une partie de nos employés a dû réduire son activité. La production a repris progressivement à partir de fin avril, mais certains fournisseurs et partenaires ont aussi été très impactés de leur côté, d’où des retards dans les commandes. Jusque début juillet, on peut dire qu’on sentait encore vraiment les effets du Covid.

Etes-vous confiant pour la reprise ?

Oui, le futur s’annonce prometteur ! Nous travaillons sur un marché d’infrastructures, avec des commandes prévues longtemps à l’avance. Elles seront certes retardées, mais pas annulées. Et je suis confiant sur l’avenir du véhicule électrique : la bonne dynamique actuelle va non seulement perdurer, mais s’amplifier. Les objectifs du gouvernement sont ambitieux mais tenables, il faudra simplement du temps pour que cela se concrétise en installations de bornes et nous attendons beaucoup de commandes à venir.

Le marché de la voiture électrique en chiffres

  • 42 763 voitures électriques particulières immatriculées en 2019, soit +38% par rapport à 2018 ;
  • 25 914 voitures électriques particulières immatriculées au 1er trimestre 2020, soit +142% par rapport au 1er trimestre 2019 ;
  • 29 854 bornes de recharge électriques installées en France au 31 mai 2020**.

 

* Ademe : Agence de la transition écologique

** Sources : Ministère de la transition écologique et solidaire et Avere