Toxicité, taxes, enjeux économiques : le diesel remis en question

Depuis quelques jours, vous l’aurez remarqué, on entend beaucoup parler du diesel. Sa dangerosité nouvellement révélée vient d’arriver comme une épine dans le pied du gouvernement. En effet, le Centre international de recherche contre le cancer (Circ), une agence de l’OMS, a annoncé l’année dernière que les gaz émis par les moteurs diesel étaient cancérigènes. Une annonce dont le gouvernement se serait bien passée.

Le diesel dangereux pour la santé?

D’après les études de cette agence, il apparaîtrait que les particules fines (celles qui, au contraire des particules grossières, pénètrent au cœur du système respiratoire) pourraient non seulement être la cause de cancers du poumon, d’allergies, mais elles augmenteraient aussi les risques de développer toutes sortes de problèmes respiratoires ou cardiaques et seraient mauvaises pour le développement des fœtus.

Les chiffres sont impressionnants: d’après l’OMS, les particules fines (qui ne sont cependant pas émises que par les moteurs diesel) seraient responsables de 42000 décès prématurés par an pour la France. De plus, selon le Ministère de l’Écologie, en 2011, 12 millions de français vivaient dans une zone où la pollution aux particules fines dépassait les normes européennes.

Face à ces risques, l’OMS incite à réduire les émissions de ces particules fines dans le monde entier.

Le diesel: un boulet pour le gouvernement

Cette révélation, le gouvernement français s’en serait bien passé. Depuis les années 80, l’État favorise le diesel par rapport aux voitures essence, en ayant recours à des avantages fiscaux. Maintenant que le diesel est si populaire, vouloir revenir dessus semblerait incohérent.

Toutefois, étant donné qu’il n’est pas envisageable de passer outre les recommandations de l’OMS, les solutions proposées varient. On a ainsi d’abord parlé d’une taxe sur le gazole, qui reste pour l’instant largement moins taxé que l’essence (et donc moins cher). Ramener les deux au même niveau rendrait donc les voitures diesel moins intéressantes. Au passage, le gouvernement empocherait un pactole de 7 milliards d’euros supplémentaires par an.

Mais augmenter les prix serait très mal vécu par tous les conducteurs de voitures diesel, qui représentent 60% du parc automobile français (le plus grand d’Europe).

L’industrie automobile n’apprécierait pas non plus que les voitures diesel deviennent moins compétitives puisque celles-ci représentent une part très importante des modèles fabriqués en France. Attaquer le gazole, «c’est attaquer le made in France», selon Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Les raffineries de pétrole françaises, qui ne produisent pratiquement que de l’essence ne seront peut-être pas de cet avis. Car oui, il faut savoir que le gazole que l’on trouve à la pompe est importé, ce qui revient cher au pays: 13 milliards d’euros par an qui pèsent lourd dans la balance commerciale!

D’autres idées ont été proposées, comme le retour de la prime à la casse, écartée par le gouvernement qui la juge trop coûteuse et nocive pour l’automobile française. À la place a été proposée une «prime à la conversion» qui incite au remplacement des vieux diesels, qui émettent le plus de particules fines.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement plongé dans l’ajournement perpétuel, annonce que rien ne sera décidé avant l’examen de la loi de finances pour 2014, étudiée à l’automne prochain.

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