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Harcèlement scolaire : témoignage de Mélanie Domergue


Mélanie Domergue a subi un grave harcèlement au collège. Dans son livre Isolée, elle évoque ce sujet de plus en plus médiatisé. Elle donne aussi son avis sur les assurances scolaires qui proposent des protections contre le harcèlement.

Bonjour Mélanie. Peux-tu expliquer le harcèlement scolaire dont tu as fait l’objet ?

Tout a commencé en 2005, en classe de quatrième. Lors d’un changement de place, j’ai été mis à côté d’un garçon « populaire ». Du jour au lendemain, il m’a mis des coups de compas sur la cuisse. C’était comme un jeu pour lui. Tout le monde regardait, mes amies aussi. Je n’osais rien dire ni me rebeller. J’avais peur du regard des autres, de finir toute seule, de manger seule à la cantine. Cela a duré deux ou trois mois.

Comment as-tu mis fin à ce harcèlement ?

Un jour, ma mère a vu les bleus sur ma cuisse. Je lui ai dit que j’étais tombée au sport. Elle n’a pas cru mes histoires, j’ai donc fini par lui dire. Les parents m’ont dit de voir le proviseur qui m’a cru. Mais les parents du garçon ont assuré qu’il était exemplaire. Il a tout de même été exclu deux semaines.

Le collège a-t-il fait ce qu’il fallait, selon toi ?

Le collège n’avait pas de psy, ni pour lui ni pour moi, et n’a selon moi pas creusé le fond du problème. C’est triste à dire, mais le harcèlement fait une mauvaise pub pour les collèges. Mon collège était privé et il ne fallait pas qu’on sache que cela existait.

Peut-on dire que c’est la parole qui t’a aidée ?

J’ai été aidée par le fait que des adultes m’ont crue. On m’entendait enfin, j’avais quelques « alliés », je me suis dit que ce n’était pas moi qui en faisait une montagne. Mes camarades ne me croyaient pas. Une fille voulait toucher ma blessure pour voir si ce n’était pas de la peinture… Quant à ma meilleure amie, elle était amoureuse du garçon et presque jalouse qu’il ait cette « attention » particulière pour moi. Les autres ne voulaient pas devenir impopulaires et craignaient une vengeance.

Que dis-tu aux gens qui sont témoins mais ne parlent pas ?

Pour eux, quand j’ai vu le proviseur, je suis devenue la balance. Ce mot montre bien qu’ils savaient que c’était grave. Je veux leur dire que ça n’arrive pas qu’aux autres, qu’un jour quelque chose peut leur arriver et qu’ils voudront sûrement un appui. Surtout, les groupes (geeks, intellos, populaires…) ne veulent absolument rien dire. On peut s’entendre avec tout le monde.

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire un livre sur le harcèlement ?

J’avais laissé cette histoire de côté. En 2011, lors d’un atelier d’écriture, j’ai rédigé un petit récit sur une page. Au moment de le lire, je n’ai pas réussi car ma gorge était nouée. Finalement, j’ai lu et ma prof m’a encouragée. Un garçon est venu me voir et m’a dit « C’était émouvant mais avoue-le, tu as forcé le trait ! » On ne me croyait toujours pas ! Je voulais donc dire une fois pour toutes ce que j’ai vécu.

Quel impact le harcèlement a-t-il eu sur toi ?

Cela m’a appris à davantage observer les gens. Ma nature timide et réservée, qui existait déjà, s’est renforcée à ce moment.

Comment savoir où est la frontière entre une taquinerie et du harcèlement ?

Il faut vérifier la réaction des personnes. On rit avec elle ou on rit contre elle. Chez les adultes aussi, le harcèlement existe, souvent renforcé par les hiérarchies et déguisé par les familiarités.

Les assurances scolaires proposent de plus en plus des couvertures contre le harcèlement. Penses-tu qu’elles peuvent être bénéfiques ?

On n’est jamais trop prudent, je pense que c’est une bonne chose que l’on n’avait pas à l’époque. D’autant plus qu’aujourd’hui le harcèlement est du matin au soir avec les réseaux sociaux. Autant avoir une assurance scolaire  d’emblée et ne pas l’utiliser que ne rien avoir du tout.

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