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Chantal Perrichon dit tout : boîte noire, gilets jaunes, lobby, 80km/h…


Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, est une figure incontournable de la sécurité sur les routes. Après la limitation à 80km/h, elle porte un nouveau combat : les boîtes noires. LeLynx.fr en a profité pour lui poser quelques questions, notamment sur l’assurance auto.

Bonjour, Chantal Perrichon. Vous portez une nouvelle idée pour faire baisser l’accidentalité. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de la boîte noire. C’est un sujet difficile, mais tôt ou tard en se battant on obtient ce que l’on demande. La boîte noire a été généralisée sur les voitures américaines. Les constructeurs voulaient se prémunir contre les conducteurs de mauvaise foi qui allaient se retourner contre eux pour des problèmes techniques. La boîte noire, quand un accident mortel survient, diminue le temps d’attente avant le tribunal. On peut utiliser les données pour connaître les facteurs de l’accident.

Pensez-vous que la France pourrait bientôt intégrer les boîtes noires sur les voitures ?

Au niveau européen, il y a un blocage tant pour le Lavia (limiteur de vitesse) que pour la boîte noire. Mais ces blocages vont être levés car ce sont deux technologies qui seront indispensables sur toutes les voitures autonomes. Les assureurs acceptent les boîtes noires pour l’accidentologie mais pas pour l’accidentalité. Ils ont dit qu’ils n’en avaient pas besoin car ils connaissent les paramètres de l’accident. En commission du CNSR, le représentant des assureurs a quand même reconnu qu’ils ne savaient pas la vitesse.

Les assurances auto sont donc opposées au développement de la boîte noire ?

Ils disent les choses crûment. Le journaliste Jean-Philippe Pastre, dans la revue Pondération, a cité un passage de la revue Risques les cahiers de l’assurance en 2003, où un acteur de l’assurance [ndlr : Philippe Pierre, directeur général de Xenassur] affirmait qu’il s’agissait d’une question de coûts. C’est une double peine pour les familles : après le décès, vous vous battez encore des mois pour avoir des informations sur l’accident. Cela pose un problème d’éthique, même si business is business.

Quel est à ce jour le bilan des 80km/h ?

Dans 82 départements, l’accidentalité a baissé ; dans 10 autres, elle a augmenté. Il faut voir dans ces derniers l’effet de la dégradation des radars tourelles. C’est une technologie obsolète, les autres pays utilisent des voitures banalisées. Elles permettent l’égalité entre les conducteurs. Il y en aura toujours qui contourneront la loi, ce n’est pas acceptable qu’il y ait des conducteurs qui s’imaginent au-dessus des lois. L’Angleterre a des bons résultats avec les voitures banalisées.

Selon vous, comment expliquer les attaques dont vous faites l’objet ?

Nous sommes l’objet de fortes attaques des lobbies : lobby des alcooliers, lobby pro-vitesse, lobby du téléphone, des constructeurs. De plus, certains conducteurs semblent privés de cerveau. Je pense qu’il y a à la fois ceux qui roulent sans permis, qui sont 700 000 en France (2/3 ne l’ont pas passé, les autres ont subi un retrait, généralement de six points, en raison de la consommation d’alcool). La majorité silencieuse, elle, respecte les règles et ne supporte plus ces drames de la route.

Jacques Chirac est mort fin septembre 2019. Il était un symbole pour vous ?

Quand il est décédé, en regardant la presse, j’ai bondi en voyant que l’on évoquait uniquement la guerre en Irak, à laquelle la France n’a pas participé. C’est surtout l’homme qui a sauvé des dizaines de milliers de vie ! J’ai appelé tous les médias pour le leur rappeler. En 1972 on avait 18 000 tués sur les routes. Le gouvernement Jospin a été une catastrophe : il avait promis -50%, ce fut -2% de tués sur les routes. Avec Jacques Chirac et son secrétaire Frédéric Salat-Baroux, ce sont les dossiers humains qui sont choisis : cancer, handicap, sécurité routière. Il en a fait un enjeu politique.

Que peut-on mettre à son actif ?

La Ligue contre la violence routière a demandé à Jacques Chirac la fin de l’amnistie présidentielle, le fait d’effacer toutes les sanctions qui précédaient habituellement les élections présidentielles. Ensuite, en septembre 2002, il inaugure le mondial de l’automobile devant les constructeurs et déclare « Je condamne ceux qui utilisent la vitesse comme argument de vente ». Le premier radar est installé en novembre 2003. Le nombre de mort baisse de 40% en cinq ans ! Quand j’étais en voyage en Colombie, j’ai vu 800 Colombiens faire une minute de silence pour M. Chirac car le modèle de sécurité routière français a été exporté là-bas.

Qu’est-ce qui vous a amené à agir pour la sécurité routière ?

La sécurité routière est un sujet passionnant et intéressant. Tous les jours, je lis des rapports d’experts et des études sociologiques, qui améliorent les connaissances. Je travaillais à Jussieu dans le campus et j’y ai mené mon premier combat de santé publique contre l’amiante. Depuis je suis bénévole pour cette association préventive. Nous ne sommes pas une association de familles de victimes, nous sommes unis avant tout pour la prévention.

Le mouvement des Gilets jaunes a aujourd’hui un an. Avec le recul, qu’en pensez-vous ?

Pour nous le mouvement des Gilets jaunes est absolument légitime. Il est insupportable que des gens qui travaillent ne puissent pas vivre dignement. Il est normal qu’une infirmière demande de ne pas taxer l’essence car elle doit utiliser sa voiture pour soigner ses patients. Mais des personnes du lobby de la vitesse et des représentants des mouvements d’extrême-droite se sont infiltrés dedans. Le mouvement a été instrumentalisé et politisé, ceux qui militaient contre les 80km/h ont utilisé ce mouvement social. Yves Tréard a quand même déclaré sur LCI que l’argument des 80km/h a été ajouté après, notamment par des élus.

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